Le prix à payer

Dernière mise à jour : il y a 5 jours
C’est un pic, c’est un cap, c’est un I majuscule,
Un éperon rocheux qui défie l’univers.
Généreux appendice, auguste tentacule,
Il sert de gouvernail à son propriétaire.
L’aiguillon tumescent est un laissez-passer.
Flanqué de deux molosses, il double impunément.
Aux rênes d’un gros char, il a priorité
Sur tout autre usager de moindre équipement.
Voici l’un des secrets du vibrant obélisque
Pour tenir sans faillir son prodigieux diamètre :
Il a derrière lui des années de pratique
Avec un entraîneur aux méthodes ambidextres.
Dans l’air doux du printemps passe un coin de peau tendre.
L’instrument aux aguets se hisse pour mieux voir ;
Son émoi dissipé, il ne peut redescendre.
Le voilà condamné à rester à la barre.
Ni le froid, ni le chaud, ni l’insistant massage
N’ont raison de ce chêne au tronc plus dur encore.
Le lingam insolent refuse d’être sage ;
La raison la meilleure est celle du plus fort.
Tendu à l’infini, l’infortuné priape
Endure le martyre ; il est à l’agonie.
Il remet son destin dans les mains d’Esculape
Qui plante une seringue en plein cœur de l’outil.
La bête terrassée se rentre en sa tanière
Et n’en veut plus sortir, qu’importe le contexte.
Plus rien de sa posture autrefois si guerrière.
Tout ce qui l’affolait à présent la débecte.
Ainsi finit un conte au parfum licencieux
Qui pour tout mâle alpha se fait leçon cruelle :
Il est de ces mortels que les dieux insoucieux
Ont dotés d’un gourdin au lieu d’une cervelle.
