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Pourvu qu'elles soient douze

Photo du rédacteur: Florence M.
Florence M.
2 juin 2023
1 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours


D’un bel alexandrin je fus la secrétaire. Je sculptais sa césure et ciselais son chant ; Il était exigeant, mais de sa prestataire Était fort satisfait et payait grassement.


Ma plume chaussée d’or dévidait chaque jour Sur cent lieues l’écheveau de son encre violette. Mon maître à douze pieds, ravi de ces atours, Faisait ostentation de sa ligne parfaite.


Un merveilleux dessein naquit en son esprit. Il me fit donc quérir avec cette instruction : « Écrivez, je vous prie, le récit de ma vie Pour la postérité. Allons, exécution. »


Je me mis au travail, fouillai les origines ; De l’aïeul médiéval convoquai l’hémistiche ; Des plus belles épîtres aux chansons les plus fines Je tirai le nectar ; je voulais être riche.


Ma mission achevée, je présentai mon art À mon maître impatient de connaître l’ouvrage. Enchanté tout d’abord de lire son histoire, Je le vis s’assombrir à la troisième page.


« Ma chère, annonça-t-il, cela ne me sied point. J’attendais mieux de vous. Cela est insensé ! Il faut recommencer. Vous m’en voyez chagrin, Mais cela n’est pas bon. Vous m’avez offensé.


— Offensé, dites-vous ? Grands dieux, je vous assure Que je soigne mon trait, depuis que je rédige Vos pleins et déliés, vos rimes et tournures. Renseignez-moi, monsieur, quelle faute commis-je ?


— De vous un mot, un seul, me fut inconcevable. Voulez-vous m’humilier, tentez-vous de m’occire ? Vous n’aurez pas un liard, car je ne puis souffrir Que vous me traitassiez de dodécasyllabe. »

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© Florence Maurette 2021-06-10 

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