J'ai rencontré un monstre

Dernière mise à jour : il y a 21 heures
J’écoutais un podcast d’Autant en emporte l’histoire, présenté par Stéphanie Duncan sur France Inter. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s’agit de fictions qui plongent l’auditeur dans un contexte historique mettant en scène un personnage réel ou fictif ; je suis une grande adepte de ce format. Dans l’épisode dont il est question, il s’agit de la tristement célèbre Bête du Gévaudan, qui fit régner la terreur aux confins de l’Auvergne au XVIIIe siècle.
Au cours de cette écoute, une petite discordance que je connais bien vint à plusieurs reprises chiffonner mon oreille…
Voici quelques extraits pour vous mettre sur la piste, non de la Bête, mais de ce qui a pu générer chez moi tout ce tracassin.
Premier extrait :
À l’été 1764, dans le Gévaudan, il ne fait pas bon aller garder les troupeaux. Le 30 juin, Jeanne, 13 ans, habitant le hameau des Hubacs, était partie comme tous les jours garder les vaches. Le lendemain, elle était morte et enterrée. Sans avoir reçu les derniers sacrements, comme le veut alors la religion. L’acte de sépulture indiquait que Jeanne, au coucher du soleil, avait été dévorée, victime d’une « Bête féroce ».

Les mois passent…
Deuxième extrait :
L’autre jour, mes hommes et moi pistions la Bête, quand elle s’est réfugiée dans des bourbiers. Deux jours plus tard, c’est à travers un lac gelé qu’elle s’est enfuie. Allez donc flairer sa piste après ça !
— Elle est perspicace… tout le monde en convient.
— Perspicace ? Clairvoyante, oui ! Elle n’emprunte jamais deux fois le même chemin. Elle ne touche jamais aux pièges garnis de viande fraîche. Lorsqu’elle fait une victime, elle s’empresse de mettre des kilomètres entre elle et nous.
— Je sais, capitaine…
Troisième extrait :
La nuit même, on raconte que la Bête n’a cessé de rôder autour de la maison des Barlier en poussant des cris ressemblant à des pleurs humains. Pour certains, ces cris glaçants ne peuvent être que l’œuvre du Malin. Mais pour d’autres, il s’agit de ceux d’un sadique qui, de toute évidence, ne craint pas la Bête : son maître.
Voici ce qui coince.
Le premier extrait situe le récit en 1764.
Dans le deuxième extrait, le capitaine remarque que la Bête « s’empresse de mettre des kilomètres entre elle et [eux]. »
Or, l’unité de longueur kilomètre n’a été créée qu’en 1790. Auparavant, on employait la lieue, de longueur variable.
Le troisième extrait évoque un « sadique qui, de toute évidence, ne craint pas la Bête ».
Le terme « sadique » n’ayant pas d’existence avant le milieu du XIXe siècle, il est impossible que les personnages du récit l’aient employé.
La traque des anachronismes est une composante essentielle de ma mission lorsque vous me confiez vos récits en relecture-correction.
